Au royaume des singes et des pythons

October 19, 2017

 Il est 16h30.  Nous entamons l’ascension de la montagne de Seraya. Notre but : atteindre le sommet pour jouir d’une vue complète sur le village et sur l’horizon infini que permet la vie sur une île. Prendre de la hauteur, du recul, aussi. Et puis, dans une heure, le soleil sera très bas à l’horizon, les couleurs seront magnifiques.

Si ici, les habitants connaissent tout de la mer, ils ignorent beaucoup de la montagne et la craigne. Royaume des singes et des pythons gigantesques, ils n’y mettent que rarement les pieds. Il y a une raison mystique à cela qui malgré nos questions, demeure un mystère.

Nous nous enfonçons d’abord dans la bananeraie, puis prenons le chemin de la source : un chemin bétonné pratiqué quotidiennement par les femmes pour aller remplir les bidons d’eau qu’elles porteront ensuite sur leur tête (sans les mains !) avec une grâce déconcertante.

 

Le chemin de béton laisse place à un chemin de pierre qui longe les pentes abruptes. Le sol est sec et rocailleux. La végétation pauvre se caractérise par quelques arbres esseulés et des arbustes peu feuillus. Sur un autre versant, la végétation est un peu plus dense. Je scrute les arbres espérant voir bouger les feuillages au passage des macaques. Mais rien ne bouge. Le silence remplace le brouhaha du village. C’est la fin de la saison sèche. J’imagine qu’à la saison humide ce sol jauni se verdit davantage.

 

Le chemin de poussière s’arrête. Il faut prendre le versant de la montagne à bras le corps. S’attaquer à ces rochers de façon brute. J’aime m’imaginer qu’ils n’ont jamais été foulés par personne avant nous, même si ça n’est sans doute pas le cas. Alors la pente se renforce, les bras sur les bretelles du sac je regarde mes pieds et grimpe doucement, pas après pas. Il fait très chaud.

 

Une frégate fend le ciel de ses ailes noires. Ces oiseaux marins tropicaux ne peuvent pas toucher l’eau de leurs ailes car elles ne sont pas imperméables. Elles cherchent alors des moyens de voler le poisson dans le bec d’autres oiseaux ou se risquent à la pêche à grands coups de bec à la surface de l’eau.

 

Nous arrivons au sommet, sur un immense plateau d’herbes jaunes et de pierres. Je peux voir l’océan de tous les côtés. La lumière de fin de journée vient dorer le paysage. À l’horizon, une grande visibilité, les îlots volcaniques coniques formés il y a des millions d’années pointent vers le ciel. Il n’y a personne en haut de cette montagne. On trouve seulement un panneau indiquant « terre vendue ». Oui les terres n’appartiennent plus aux habitants, elles ont été vendues à des investisseurs étrangers dans le but d’y développer le tourisme. Menace ou opportunité ?

 

Je regarde où m’assoir, car les pythons peuvent être partout, et je contemple, tous les détails du paysage, de ce territoire. En contrebas, le village. C’est marée basse, les pêcheurs attachent leurs bateaux les pieds dans la vase. Je distingue les tâches noires qui correspondent aux coraux. Le bleu de la mer prend des teintes différentes en fonction de la profondeur. Le soleil éclaire les toits de tôles, parmi les cocotiers. Le chant du muezzin s’échappe de la mosquée, appelant à la 5ème et dernière prière de la journée.

 

Je ferme alors les yeux. Des coqs, le bêlement des chèvres, un moteur de bateau, des sons de ferraille, quelqu’un qui bricole sur un chantier, des cris d’enfants qui jouent sur le terrain vague derrière l’école… La vie du village. Et puis le vent. Une brise s’engouffre dans mes cheveux et vient caresser mon visage. J’ouvre les yeux. Le paysage est encore plus sublime.

 

Au bout d’une heure, nous redescendons, avant que la montagne ne nous garde avec la nuit qui arrive.

 

 

 

 

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